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A propos Christine

Christine Barbedet Née le 24 février 1960, vit et travaille à Saint Malo Formée aux Beaux-Arts de Rennes à la fin des années 70, elle découvre le métier de journaliste au cours des années 90 et se forme sur le terrain auprès des professionnels qu’elle sollicite. C’est par l’écriture qu’elle nourrit aujourd’hui ce monde « intermédiaire », se définissant volontiers comme « co-lecteur" de paroles. Au cœur de son travail, elle cultive son seul credo « la rencontre humaine sans frontière, d’un territoire à un autre qu’il soit géographique, social ou artistique… ». Des expressions traditionnelles, en passant par les arts-plastiques et les arts chorégraphiques contemporains, son cheminement est écoute et résonance des mots. Elle se dit volontiers « journaliste en bandoulière qui fait verbe ce qui est chair » ou "intermittente de la plume".

HélèneServanne exposée le 08.04.1819, rue de Saint-Vincent, sur la boutique du marchand de tabac.

ABANDON DE POUPONS EXPOSÉS À SAINT MALO au 19 ème siècle

Il aura suffi d’une notice trouvée dans les registres d’état civil où je recherchais l’année de naissance de Geneviève de Wouilt, à Brest, en 1882, pour être happée par une nouvelle démarche artistique.

« Florestine, enfant naissant, trouvé dans le tour de l’hospice civil de Brest, le quatrième jour du mois de novembre à neuf heures du soir, vêtu d’une chemise garnie de mousseline et d’un pourpoint de laine blanche, enveloppé de deux drapeaux et d’un maillot de laine blanche raccomodé d’un morceau de laine verte, coëffé d’un bégin, et de deux bonnets, dont un de coton à rayures rouges et vertes entouré de laine vert-claire, bordé d’un padoue blanc… Était sur la poitrine du dit enfant un billet ainsi conçu : je me nomme Florestine, née à trois heures du matin à Lesneven, baptisée le 23 août 1820 (…)« 

Des « Florestine » il y en avait plus d’une cinquantaine chaque année sur les registres de naissance, consignées avec le même souci du détail vestimentaire, avec la même volonté administrative de renseigner chaque cas. Brest ville portuaire expliquait-elle ces abandons ? Je découvrai qu’à Lorient et à Saint-Malo, les faits étaient similaires.

Je décidai de débuter une série artistique, mettant en exergue les notices répertoriées, incarnées par un poupon textile que je confectionnerai. Une façon de rendre hommage à ces victimes de la misère sociale de l’époque et des terribles conditions de vie subies par les femmes. Veuves, abusées, naïves trompées… celles-ci devaient se résigner à abandonner leur poupon. Ne pouvant subvenir aux besoins élémentaires de leur progéniture, elles confiaient leur enfant aux « bons soins » charitables, faisant parfois promesse sur un billet épinglé de venir le chercher.

C’est par Saint-Malo que je débutai mes recherches, une ville portuaire où je vis désormais. Selon les années, au 19e siècle, entre 12 et 25% des enfants consignés sur les états civils de cette ville sont des poupons « exposés » dans la rue, de père et de mère inconnus, confiés à l’Hospice, Hôtel-Dieu de la ville.

Ce travail artistique autant que sociologique est actuellement en cours….